La philosophie en milieu professionnel

Auteur: 
Christophe BAUDET
Date de rédaction: 
mars, 2018
Type de contribution : 


La philosophie pratique ou existentielle a pour but d’instaurer des espaces dialogiques de réflexion et de pensée. La démarche s’inspire fortement du dialogue socratique et de la maïeutique. Cela consiste, par un processus d’animation et de questionnement, de partir du sensible, du tangible, de l’expérience vécu, de ce qui vient immédiatement à l’esprit, des représentations en cours et de cheminer progressivement et collectivement vers une compréhension plus globale, plus universelle, d’élaborer des points de vues appuyés sur un argumentaire, d’identifier et partager des problématiques, d’interroger les croyances. C’est pourquoi cette démarche philosophique et pragmatique peut jouer un rôle précieux au sein de collectifs professionnels qui s’interrogent sur leurs missions, sur leur « Etre professionnel ».

Il s’agit de constituer, avec des salariés ou des bénévoles d’associations ou d’institutions diverses, un espace de réflexion sur leurs métiers et activités. Cette démarche consiste donc à formuler et examiner les questions qui émergent de la pratique quotidienne, à réfléchir sur les valeurs ou les significations des métiers, à faire émerger un questionnement originaire. Par exemple dans l’activité de service ou des métiers de la « relation » permettre aux différents acteurs de réfléchir sur : « Qu’est-ce qu’accueillir ? », « Qu’est-ce qu’aider ou accompagner ? », « Qu’est-ce que l’engagement ? » ou encore « qu’est-ce que la reconnaissance, qu’est-ce que reconnaitre l’autre ? ».

Le « mal-être » du professionnel ou du bénévole ne provient-il pas souvent d’une inquiétude, d’une insatisfaction non nommée et donc non partagée, non pensée. La perte de sens ne s’abreuve-t-elle pas d’une telle absence de pensée, d’un manque de dialogue et d’un désir de prendre du recul non assouvi ? S’adosser donc à l’expérience sensible pour remonter aux sources, identifier les « véritables questions », s’interroger sur ce que l’activité quotidienne a parfois enfoui, revenir à l’essentiel, à ce qui fonde le sens ou fait sens, constituent la puissance et les principaux atouts d’une telle démarche, dite « philosophie pratique » ou « philosophie existentielle ». Cela n’exige aucun prérequis. Il est simplement une invitation à essayer de moins subir et à mieux penser individuellement et collectivement son activité de salarié ou de bénévole.

Christophe Baudet