La consultation philosophique : Enjeux, forces et limites.

Auteur: 
Christophe BAUDET
Type de contribution : 

Introduction du mémoire

Depuis ces trente dernières années nous assistons à l’apparition, en Europe mais aussi sur d’autres continents, de consultations philosophiques, dites aussi cabinets philosophiques et plus rarement Cabinets de philo-thérapie. De quoi s’agit-il ? Quelle en est la genèse, le fondement et la finalité ? A quel registre appartient la Consultation Philosophique ? S’agit-il de soins psychiques, de la recherche d’un mieux-être, d’une psychothérapie qui ne dirait pas son nom, ou encore de la délivrance d’un savoir, de la sensibilisation à la spiritualité, de la promotion d’une école de pensée ou d’une sagesse ? Et si la Consultation Philosophique ne correspondait à aucun de ces registres, comment pourrait-elle être caractérisée ? En effet, adjoindre le qualificatif « philosophique » à « consultation » ne semble pas naturel.

Avant d’étudier et d’analyser quelques consultations philosophiques actuelles, nous nous interrogerons sur l’origine de cette pratique. Sans prétendre établir une filiation directe, nous identifierons cependant des correspondances historiques. En effet, les animateurs de ces consultations philosophiques, dits philosophes consultants, font souvent référence à l’Antiquité. Ils poursuivent, avec des modalités très différentes, le même dessein que la philosophie hellénistique, du moins telle que l’interprètent Pierre Hadot et Michel Foucault : la transformation, avec l’aide de la philosophie, de soi et de sa vision du monde.

Mais en quoi et comment la Consultation Philosophique est-elle à même d‘atteindre cet objectif, sachant, de surcroît, que les personnes qui s’adressent à celle-ci, que nous nommerons « interlocuteurs », n’ont pas de connaissances en philosophie? En nous appuyant sur le travail de philosophes consultants, nous essayerons de démontrer que la mise en mouvement de la pensée, à laquelle invite et incite la Consultation Philosophique, est constitutive de sens dans un monde en perte de repères. Cette mise en acte de la pensée vise à transformer l’émotion en compréhension, et à conduire « l’interlocuteur » à s’interroger sur ses représentations et ses présupposés qui sont à la source de ses difficultés. Cet exercice de la pensée, porté par l’espace dialogique qu’offre la Consultation Philosophique, aide l’interlocuteur à passer du « vivre » à l’« exister », à devenir progressivement un sujet libre.
Cependant, la Consultation Philosophique ne détient pas vraiment un corpus théorique qui lui soit propre, autre qu’une référence générale à la philosophie. Nous découvrirons plutôt, au travers de quelques exemples, que la Consultation Philosophique, qui prend des formes différentes selon le philosophe consultant, est d’abord constituée par une praxis et quelques références méthodologiques que nous proposerons d’enrichir. Nous soulignerons que la capacité du philosophe consultant, d’amener son interlocuteur à transformer sa peine en une réflexion lucide, constitue une clé décisive.


Conclusion du mémoire
Nous voudrions conclure sur ce paradoxe : la Consultation Philosophique nous apparaît comme répondant à une nécessité de notre époque, et pourtant elle n’a pas encore pris la place qui, nous croyons, devrait être la sienne au bout de trente cinq ans d’existence. Certes, nous constatons que son développement est inégal d’un pays à l’autre, et particulièrement discret en France. Cette praxis a pris plus de place dans des pays tels que l’Italie ou l’Espagne, voire les Etas unis. Les universités de Sevilla et de Venise ont mis en place des modules, dits de « philosophie pratique », parmi lesquels figurent des enseignements sur la pratique de la Consultation Philosophique.

Nous pensons avoir démontré que la Consultation Philosophique fait écho à d’anciennes traditions philosophiques. Ses origines lui confèrent, pensons-nous, une légitimité, et l’inscrivent dans la philosophie même. La Consultation Philosophique n’a pas surgi « ex-nihilo », mais apparaît comme la résurgence d’une praxis des Anciens que Pierre Hadot a mise en évidence.
Par ailleurs, dans un monde où les figures de la transcendance sont en crise, poser la question du « sens » apparaît de plus en plus comme une nécessité. En effet, que deviendraient notre conscience et notre aspiration à la liberté, si nous en restions à une incompréhension de nous-mêmes et du monde ? C’est pourquoi, la Consultation Philosophique a un rôle à jouer, non pas en délivrant des repères dans un monde qui en est largement dépourvu, mais en dotant les personnes de ressources qui leur permettent de « cheminer » sans repères préétablis. La Consultation Philosophique n’est pourvoyeuse ni de recettes, ni de clés du bonheur, mais contribue à l’éveil de la conscience. C’est pourquoi, la Consultation Philosophique n’est pas du registre du médical mais de l’existentiel. L’intention du philosophe consultant n’est pas de guérir l’interlocuteur, mais de contribuer à son émergence comme sujet libre. Il peut, certes, en résulter un mieux-être, mais ce n’est pas la fin première.
Autre fois le « sens », les repères étaient plutôt transmis par la tradition. Aujourd’hui, il appartient à chaque subjectivité de les élaborer. La Consultation Philosophique a pour vocation de relever ce défi.